« Tous les hommes sont… »

WARNING !! Je risque de déplaire à  beaucoup de monde (tant pis), éventuellement manquer de tact (navrée), sans doute enfoncer quelques portes ouvertes (désolée) et peut-être même, si j’ai de la chance et si je parviens à exprimer correctement ce que je ressens, vous faire, non pas réfléchir – je n’ai pas cette prétention – mais au moins, considérer votre approche des choses.

WARNING !! n°2 : désolée si ça manque de plan et de cohérence, mais je rédige ça à chaud, comme ça se présente. J’essaie de structurer mais couturière aux pensées décousues oblige

Alors en avant…

Régulièrement dans ma TL Twitter, et aujourd’hui encore plus, je vois fleurir des tweets du style :

« Tous les hommes sont des violeurs potentiels !! » et autres variantes sur la peur dans les transports/la rue/etc.

Bien.

Entendons-nous bien : je ne conteste en rien que des femmes puissent ne pas se sentir en sécurité, peu importe le lieu, et parfois certaines encore plus que d’autres, vu leur histoire. J’ai eu moi aussi mon lot de sifflets, de mots pas géniaux, de regard beuark qui m’ont fait me sentir sale, de mecs qui se mettaient une main dans le calcif en se léchant les lèvres après avoir accroché mon regard (note à part : sérieux, mais ça excite QUI ce genre de trucs ?? Oo), et même, le pompon !, la vidéo porno sur le lecteur mp4 avec masturbation en live.
Ce n’est pas rassurant, ça ne le sera jamais et ce n’est pas normal.
Encore une fois, il n’est absolument pas question de remettre ce fait en question, justement.

Ceci étant posé, continuons.

Arrêtons-nous un instant sur cette affirmation :
« Tous les hommes sont des violeurs potentiels. »
« Tous les hommes sont des violeurs potentiels. »

Vous rendez-vous compte de la violence de ces paroles, pour un homme qui les lit/les entend ?
Alors oui, je sais, l’exploiteur viril est un mufle et un goujat qui profite honteusement de ses affreux privilèges bouh BOOUUH !
Mais au risque de tenir un propos choquant : les hommes sont des êtres humains, aussi, avec une sensibilité qui est propre à chacun d’eux, aussi, et qui peuvent se sentir profondément blessés et outrés en lisant ce genre de choses.
Et pas juste parce qu’ils sont des exploiteurs virils qui défendent leurs privilèges ! Mais aussi et surtout parce qu’ils sont des êtres humains et que l’idée de faire du mal à un autre être humain, qui plus est avec un acte qui, normalement, doit être source de plaisir, les révulsent profondément.
Alors oui vous allez me dire « oui non mais y a potentiels derrière ! ».
Soit. Mesdames et Mesdemoiselles qui lancez cette affirmation, n’êtes-vous pas les premières à hurler au scandale quand un homme, un journaliste, un lutin, bref, toute personne humanoïde pouvant écrire/parler lance un « Toutes les femmes… » ?
Nous sommes les premières à nous battre contre les lieux communs, et à juste titre, parce que nous sommes toutes différentes !
Alors dites-moi : pourquoi en userions-nous pour cette question-là ? Pourquoi englober tous les hommes dans le même panier ?

Je pense que tout le monde aura compris où je veux en venir : si nous n’aimons pas que l’on fasse des généralités sur nous, commençons par ne pas en faire sur les autres, ça serait un bon début. D’autant que comme le dit l’adage : « Ne fais pas aux autres ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse à toi ! »

Je vous devance : « Ben dans ce cas ILS ONT PAS A NOUS VIOLER ! Parce qu’ils aimeraient PAS que ça leur arrive EUX ! »
Soit. Mais cela en va de même pour à peu près tout ce qui n’est pas agréable et/ou qui est répréhensible judiciairement parlant. Hélas il y a des con.ne.s partout, et si l’on y peut un peu, on ne peut pas tout résoudre, hélas.

97% des viols sont donc commis par des hommes. C’est un fait. Une statistique en tout cas.
Mais ne lisons pas non plus « 97% des hommes sont des violeurs ». Ce n’est pas ce que dit ce chiffre. Et c’est pourtant ce que je ressens, quand je lis cette phrase assassine.
Et j’ai mal au cœur. Pour eux. Pour mon père, mon frère, Mister W., mes amis, et tous ces pauvres gars qui se prennent cette brique sur le coin du crâne sans savoir pourquoi.

Mais revenons à la rhétorique de cette phrase.
« C’est pour dénoncer la société ! » ai-je pu lire ici et là. Soit.
Mais pourquoi ne pas dénoncer la société directement alors ?
Si une statistique disait « 97% des infanticides sont commis par des femmes » je pense qu’aucune d’entre nous n’aimerait que l’on fasse le raccourci « toutes les femmes sont des tueuses d’enfants potentielles ». Et c’est pourtant la même logique.
C’est un peu celle de certains politiques, aussi, qui demandent aux musulmans de se désolidariser des terroristes. Et c’est ce que les hommes font, en un sens, en protestant : « mais ce n’est pas tous les hommes ! ». Ils se désolidarisent. Comme ils peuvent.
J’ai même vu un tweet qui disait (en substance, je n’arrive pas à remettre la main dessus) « Pfff, 97% des viols sont commis par des hommes et les mecs sont là « non mais c’est pas tous les hommes » mais c’est quoi ce débat ? »

Ce débat, c’est celui d’hommes hétérosexuels, fidèles, jeunes, petits, homosexuels, riches, en couple, blonds, vieux, pauvres, célibataires, qui papillonnent, grands, amoureux, bruns, roux, mais ce ne sont que des hommes, des êtres humains, qui se sentent blessés d’être assimilés ainsi à quelque chose qu’ils abhorrent, qu’ils ne comprennent même pas, et qui leur donne très certainement envie de vomir, juste parce qu’ils ont le malheur d’avoir eu « XY » et non « XX » à la grande loterie de la génétique.

Mais c’est vrai que les femmes ont eu leur lot à subir, alors transposons ailleurs. Avec un sujet un peu plus actuel. Et voyons la logique appliquée ici.
Prenons un instant et dans ces deux propositions – la statistique, puis la phrase choc – remplaçons « hommes » par « musulmans » et « violeur » par « terroriste ».
J’imagine que vous faites la grimace à ce stade. Je vous rassure : moi aussi. Et je n’aime pas DU TOUT ce que je m’apprête à écrire.
97% des terroristes sont de confession musulmane.
« Tous les musulmans sont des terroristes potentiels ».

C’est moche. Ca donne la nausée, pour rester polie la gerbe (appelons un chat, un chat).
Ca rappelle des gens qui passent beaucoup à la télé en ce moment et qui ont des discours plus puants qu’un gigantesque tas de fumier. Et encore : au moins si le fumier pue, il a son utilité pour fertiliser les champs. Ces idées-là n’ont pas ce mérite. Du tout.

Je vous propose donc que nous prenions toutes de la hauteur.
Nous réclamons l’égalité ? Appliquons-la. Montrons l’exemple.

Parlons de cette société de merde qui interdit, même si c’est de façon tacite, à un homme de subir une agression sexuelle. Parce que rappelez-vous « un homme ça va pas se laisser faire par une gonzesse ! » (quand je vous disais qu’il y avait des cons partout) (oui j’ai entendu cette phrase de mes propres oreilles).
Alors que nous nous plaignons d’être toujours dans l’ombre, d’être moquées, de ne pas être entendues, montrons l’exemple à cette société puante et pour une fois que nous sommes en position de force pour dénoncer une injustice et l’exposer sur la place publique, emmenons avec nous ceux qui n’ont pas la possibilité d’être aussi entendus que nous, sur ces questions-là. Évitons les raccourcis douteux, les amalgames blessants.
Dénonçons le viol et le non-consentement dans son ensemble, sans viser ni désigner personne, sans parler de sexe ou de genre.

Ce que j’aimerais vraiment, en tant que femme, c’est que l’on prenne le mal à la racine. Qu’au lieu de généralités sommaires et de phrases chocs, on essaie plutôt de s’attaquer aux racines du mal. Nous avons été mises de côté trop de fois pour le faire subir aux autres. Ne stigmatisons pas la gent masculine, et travaillons plutôt ensemble à changer les choses.
Parce que l’égalité bénéficiera à tout le monde.
Parce que l’égalité, ça ne forcera personne à être fort, à être souriante, à être viril, à être belle, à ne pas se laisser faire, à être disponible.
Parce que l’égalité permettra à tout le monde de dire « non ».
Parce que l’égalité permettra à tout le monde de pouvoir parler sans crainte de jugement si ce « non » n’est pas respecté, et tout le monde aura droit à la même écoute, et à la même aide.

Oui, nous connaissons toutes quelqu’une qui a été agressée, qui a subi des attouchements, qui a été violée.
J’en connais, moi aussi.
Et je n’avais pas dix ans quand un de mes oncles a tenté sa chance.
Mais je connais quelqu’un, aussi.
Quelqu’un qui a mal en lisant qu’il est un violeur potentiel alors qu’il est une victime. Comme certaines d’entre vous, qui me lisez peut-être.

Je ne prétends en rien minimiser la souffrance subie ou la statistique plus qu’alarmante.
J’aimerais simplement que nous prenions garde à ne pas appliquer ce que nous devons subir régulièrement en tant que femmes, ou en tant que croyant.e.s peu importe notre religion, ou simplement en tant que membres d’une communauté, quelle qu’elle soit, et qui n’est pas la majorité.
Nous sommes bien placées pour savoir à quel point ce manque de respect et de reconnaissance fait mal. A quel point ces généralisations sont destructrices.
Ne nous aliénons pas des alliés potentiels en les mettant dans le même sac qu’une poignée de raclures.

C’est pourquoi ce soir je préfère dire : « La bêtise sociétale et les stéréotypes créent un climat où le viol est minimisé, les victimes culpabilisées, et les coupables excusés. »

C’est sûr que ça fait moins choc.

Mais moi je trouve que c’est plus juste.

 

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2 commentaires

  1. Je peux pas dire que je suis pas d’accord parce que je trouve ta conclusion quasiment en accord avec ma pensée, mais il m’a semblé que ce fameux tweet servait surtout à attirer l’attention sur la culture du viol, puisque femme ou pas, homme ou pas, qu’on soit un adulte qui trouve le concept de viol abject ou pas, on baigne dedans et qu’on n’a pas obligatoirement appris et compris ce qu’est le consentement. Moi-même si je ne passais pas autant de temps sur Internet et si je n’avais pas su ce qui était arrivé à certain·e·s de mes ami·e·s, je pense pas que je me serais spécialement intéressée au sujet, et je serais pas forcément sortie de l’idée qu’un viol c’est forcément un inconnu dans la rue, un membre de la famille pervers, ou une personne qui frappe aussi sa femme. Et force est de constater que même si on retrouve dans un cercle de personnes qui se renseignent/réfléchissent, c’est pas le cas de tout le monde.
    Bon j’ai un peu plus écrit que ce que j’avais prévu, mais en bref, même si c’est violent à lire, cette phrase choc, je comprends aussi d’où elle vient.

    1. Je le comprends aussi, et je me retrouve dans ce que tu dis.
      Je regrette simplement tous ces tweets à base « mais y a marqué « potentiellement ! » ça veut dire peut-être ptn !! » ou encore de « mais c’est quoi ce débat ».
      Parce que certes, je comprends l’origine.
      Mais venant de personnes qui sont les premières à s’outrager de la généralisation, des raccourcis biaisés, et du mépris des communautés, utiliser ces mêmes méthodes pour en venir à cette conclusion-là, je trouve que ça nous dessert plus qu’autre chose. Que ça manque de grandeur, d’âme, au moins.
      Alors oui, je comprends le pourquoi. Mais il n’excuse, à mon sens, pas le comment 🙂

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